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jeudi 25 novembre 2010

Mélenchon: un faux rebelle?

Notes sur oeuvres - Politique
melenchon
« Qu’ils s’en aillent tous ! »
Rien qu’au titre, on se dit qu’on va avoir droit à un livre populiste.
Et, à la lecture, on se dit qu’on a en effet droit à un livre populiste.
D’ailleurs, Mélenchon l’assume, et même le revendique : il veut être populiste. Parce que, il l’avoue à mots à peine couverts, il pense qu’une vague populiste se prépare, et tant qu’à faire, il aimerait bien la chevaucher.
Voilà qui a le mérite de la clarté, et nous évitera une critique banale sur le thème « encore un politicien qui veut surfer sur le populisme ». Nous savons maintenant pourquoi « Méluche » a, jadis, suggéré l’interdiction du FN : c’est parce qu’il veut prendre la tête d’un front « de gauche », qui captera l’électorat populaire du FN.
A vrai dire, on s’en doutait.
Ce constat d’évidence évacué, ouvrons donc l’ouvrage, et faisons l’inventaire des thèses et propositions du sieur Mélenchon.

*
Thèse 1 : fondamentalement, ce dont crève la France, c’est de la répression exercée par les oligarchies sur les forces productives. Donc, l’objectif est de libérer les forces productives, en brisant le pouvoir des oligarchies.

Thèse 2 : il existe aujourd’hui des exemples de peuples qui ont récemment réussi à briser leurs oligarchies, ce sont les peuples sud-américains (Venezuela, Equateur…). C’est leur exemple qu’il faut suivre, en déclenchant une « révolution citoyenne », c'est-à-dire faite par les citoyens, dans le cadre d’une prise en main collective de son destin par le peuple, à travers une démocratie plus ou moins référendaire.

Thèse 3 : pour rendre possible cette « révolution citoyenne », il faut faire radicalement évoluer les institutions, au point de les refonder. Donc, il faut une nouvelle constitution (la VI° République). Et donc, il faut une assemblée constituante. Proposition : que cette assemblée soit en elle-même un renouvellement, et pour cela, que les députés actuels ne soient pas éligibles.

Thèse 4 : une fois les institutions politiques refondées, les autres institutions suivront. L’école redeviendra le lieu de formation des futurs citoyens (Mélenchon a le courage d’assumer le bilan désastreux de la « gauche », et n’hésite pas à parler de la casse de l’Education Nationale, pour le plus grand intérêt final des marchands d’éducation – il faut lui reconnaître ce point). Les médias seront pris en main par les citoyens, à travers des institutions permettant l’appropriation de la parole publique par le « public » lui-même, qui cessera donc d’être un « public » pour redevenir un corps civique (les détails de la réforme envisagée ne sont pas exposés, ce qui fait qu’on ne voit pas très bien en pratique en quoi cette solution diffèrerait radicalement d’une banale appropriation de l’outil médiatique par l’Etat).
Thèse 5 : une fois les institutions (politiques et autres) refondées, il sera possible d’enclencher une véritable révolution sociale.

Dans l’ensemble, le contenu de cette révolution sociale reste assez nébuleux.
Sur le diagnostic, Mélenchon dénonce le rôle des banques, mais son analyse n’est pas très approfondie. Il expose comment le partage de la valeur ajoutée se fait toujours davantage en faveur du capital, mais il n’explique pas comment cette évolution est contrainte par le système de mondialisation. On lui reconnaîtra en revanche un bon point : il ne manque pas la distinction entre le capital industriel productif (TPE et PME, en particulier) et le capital spéculatif totalement nomade et mondialisé (multinationales, grandes institutions financières).Il parvient à énoncer une position relativement claire sur la localisation exacte du front dans la présente lutte des classes. Sur ce point, il est beaucoup plus lucide que l’extrême gauche LO (ne parlons pas du NPA).

Sur le remède, on n’arrive pas vraiment à savoir si le projet économique est une relance par la consommation ou par l’investissement. Le titre du livre donne au fond à peu près tout le programme : « Qu’ils s’en aillent tous ! », c'est-à-dire, en matière économique, « que les patrons du CAC 40 et les économistes fous s’en aillent ». Il s’agit de proposer un nouveau partage de la valeur ajoutée à la faveur d’un renouvellement massif des élites économiques, mais on ne sait ni comment ce renouvellement se fera (ce n’est pas forcément le pouvoir politique français qui nomme les patrons du CAC 40, en l’état des choses en tout cas, puisque ces firmes ne sont souvent plus françaises  que de nom), ni pour mener quelle politique exactement. On peut supposer, au ton général de l’ouvrage, que les méthodes Chavez sont envisagées, mais on regrettera ici l’absence d’une réflexion sur la possibilité de transférer ces méthodes à un pays comme la France, dont l’industrie est fortement intégrée à la mondialisation, et dont le niveau de développement technologique et capitalistique est tout de même différent de celui du Venezuela.

Thèse 6 : pour que cette révolution sociale vive, il faut aussi, outre les institutions, changer les mentalités. Mélenchon prend par exemple le cas Anelka, et fait remarquer que ce personnage réfugié fiscal en Grande-Bretagne ne se pose pas la question de savoir comment a été financée sa formation (c'est-à-dire : par le contribuable français). Moins anecdotique, « Méluche » propose de briser totalement l’esprit d’irresponsabilité des classes dirigeantes (ah, l’ivresse des rémunérations en siècles de SMIC !) en adoptant une fiscalité confiscatoire pour les très hauts revenus.

Thèse 7 : l’ensemble de ces mesures n’est évidemment applicable que si la France « sort du traité de Lisbonne ». Sur ce plan, l’analyse de Mélenchon recoupe, il faut le reconnaître, à peu de choses près celle de la plupart des intervenants de ce site : l’Europe est, dit-il, une « gargouille », s’exprimant en globish, qui coûte à la France beaucoup plus que ce qu’elle lui rapporte. On notera au passage que Mélenchon parle des projets de marché transatlantique et en souligne (sans entrer dans les détails) la nocivité. C’est certainement la partie de l’ouvrage la plus intéressante, celle où Mélenchon devient authentiquement politique, puisqu’il désigne un ennemi (l’Europe de Bruxelles, telle qu’elle s’est faite concrètement), et propose clairement une stratégie de combat (frontale : il propose que la France réclame un « opt out » à la carte pour les règles communautaires, ce qui implique une revendication de souveraineté effective). Point positif : Mélenchon avoue avoir été fédéraliste « idiot utile », qui n’avait pas compris que l’UE était devenue le cheval de Troie des USA. Mais en revanche, autre point, qu’on pourra juger négatif : il maintient que le fédéralisme européen sera, un jour, dans un autre contexte, un projet à reprendre (on sera d’accord… ou pas !).

Thèse 8 : au-delà de la « sortie du traité de Lisbonne », la France doit entreprendre une politique internationale audacieuse, pour une véritable « planification écologique », seul moyen de sauver l’écosystème de l’humanité. Mélenchon prend ici une position très claire, n’hésitant pas à dénoncer « l’écologie business » qui voudrait nous vendre la poursuite des tendances actuelles (modes de production et de consommation anti-écologiques), en faisant porter le coût écologique de ces tendances sur les peuples et classes pauvres. A noter en particulier : sa prise de position en faveur d’une relocalisation générale des activités, pour un localisme qui permettrait de réduire le coût énergétique et écologique associé à l’explosion des flux du commerce international. Il en déduit qu’il faut mettre un terme au libre-échange (sans entrer dans le détail du protectionnisme à mettre en place).

Thèse 9 : enfin, pour rendre possible cette entreprise plutôt de bon sens, Mélenchon souligne qu’il faut se préparer à affronter le « risque américain » (c'est-à-dire l’usage de la force par l’Empire US confronté à son déclin dans l’économie). Il en déduit, en particulier, que la France ne doit pas accepter de désarmement nucléaire unilatéral, mais promouvoir un désarmement concerté entre les grandes puissances.
Par ailleurs, sur la question iranienne, il propose une dénucléarisation complète du Moyen Orient, Israël devant, lui aussi, renoncer à l’arme nucléaire.
*
Il n’y a sans doute pas de raison, pour la plupart des intervenants de ce site, de rejeter le « programme » proposé par « Méluche ». Fondamentalement, ce qu’il dit est logique, et, sous réserve d’inventaire, tout le monde devrait être à peu près d’accord, ici.
La critique, si critique il y a, ne pourra porter que sur les angles morts du discours. Le problème, ce n’est pas ce que dit Mélenchon, c’est ce qu’il ne dit pas.
Pas un mot sur la question de l’identité du corps des citoyens qui forme la France. C’est problématique : comment ne pas poser la question de ce qui unifie la Cité « France », aujourd’hui ? Et si cette question n’est pas traitée, comment définir ensuite le corps des citoyens ? Les islamistes wahhabites financés par les pétrodollars saoudiens, les binationaux (de papier ou de cœur) du CRIF, vont-ils tous, d’un même élan, passer outre les injonctions de leurs patrons respectifs (ou même pas respectifs…), pour se joindre au corps des citoyens qui feront cette révolution ? Sans tomber dans l’obsession anti-communautariste, on peut tout de même soulever la question, et s’étonner du silence de Mélenchon sur ce point. Un peu gêné aux entournures, « Méluche », peut-être ? Rappelons ici la blague qui circulait sur le cabinet Mélenchon, au temps où l’impétrant siégerait au gouvernement de Lionel Jospin : « C’est un cabinet très à gauche… du Jourdain ! »

Pas un mot non plus sur la nécessité de démanteler certains réseaux d’influence, qui pourtant ont une part de responsabilité dans le désastre. On aimerait bien, pourtant, qu’un ancien ministre de l’enseignement professionnel nous explique qui, au juste, a « cassé » l’Education Nationale. Le « qu’il s’en aille tous »  doit-il aussi s’appliquer à la sous-intelligentsia « de gauche », ou encore à la franc-maçonnerie (dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle a été mêlée au processus de sélection de ces élites qui « doivent s’en aller ») ? Curieusement, « Méluche » n’a rien à dire là-dessus. Etonnant, non ?
Et enfin, et surtout, pas un mot sur le « front élargi » qui, seul, pourra réussir une « révolution citoyenne ». 

A ce propos, on peut se poser la question suivante : imaginons que Marine Le Pen soit élue à la tête du FN en janvier 2011 (ce n’est pas certain, mais assez probable). Imaginons qu’elle inscrive dans son programme politique le retour à la souveraineté monétaire (abolition de la loi Pompidou) et la sortie du « traité de Lisbonne » (clause d’opt-out pour la France, valable sur toute directive européenne). Imaginons encore que ces orientations ne figurent pas dans le programme du Parti Socialiste (absurde si le candidat est DSK, hautement improbable si c’est Aubry). Et imaginons encore (tant qu’on y est), que le second tour oppose Marine Le Pen à Aubry (ou DSK, ou Royal, ou un PS quelconque). Ce n’est pas encore probable, mais c’est en tout cas possible, vu l’état de déliquescence de l’UMP.
Dans une telle configuration, pour qui « Méluche » appellerait-il à voter ?
Voilà la question qu’on voudrait lui poser. Ne serait-ce que pour vérifier si Mélenchon est un simple rabatteur du PS, ou, ce qui peut sembler improbable mais serait autrement plus intéressant, un pion pré-positionné par certains réseaux d’influence pour capter une réorientation politique globale de fond.
 


vendredi 5 novembre 2010

Le Gouvernement Secret Français: Le Siècle

 Le regretté Serge de Beketch évoque le Siècle, avec l'auteur d'un des rares ouvrages approfondis sur la question. A ne pas rater!

Dans la même veine, n'oubliez pas le film de Pierre Carles, Fin de concession, actuellement à l'affiche partout en France. Vous serez peut-être surpris de découvrir certaines personnalités membres de ce shadow cabinet à la française...


jeudi 15 octobre 2009

Mondialisme, Maçonnerie, Religions et Laïcité: Eléments pour Comprendre le Monde qui Vient

La résistance an nouvel ordre mondial est-elle nécessairement nationale et religieuse? Telle est la question que ce petit texte se propose d'examiner.

L'époque actuelle se caractérise par l'accélération des mutations de tous ordres: économique, culturel, idéologique, géopolitique, religieux, techno-scientifique, etc. Cette accélération fait échapper l'analyse du monde contemporain au refrain du "tout change depuis la nuit des temps, rien de nouveau sous le soleil". L'idée d'une redondance historique est d'autant moins crédible que ces mutations se produisent sur fond d'idéologie de fin de l'histoire, drapée dans le progrès humain ultime représenté par les droits de l'homme. Cette seule contradiction suffit à mettre en évidence la nécessité de réviser les outils par lesquels l'homme prétend connaître son temps.

Le trait le plus saillant de notre époque, encore mal mesuré, consiste dans la réappropriation de l'information par le citoyen grâce à internet, outil qui permet aussi, et c'est plus important encore, de se rapprocher de la vérité factuelle grâce à la formidable machine à recouper, comparer et synthétiser qu'est la toile.

Ainsi, si le monde où nous vivons change radicalement, sa perception moyenne se modifie davantage encore à mesure que les moyens de le connaître rendent possible des investigations profondes et rapides jusqu'ici impensables.

L'information a toujours été manipulée à des fins politiques; elle est à la fois objet et moyen de pouvoir. Mais pour servir le pouvoir, il est indispensable que les vecteurs d'information bénéficient de la confiance d'une majorité des destinataires. Or, c'est cette confiance dans les médias de masse, aujourd'hui en crise, qui propulse les supports dits alternatifs sur le devant de la scène, remettant en question des pans entiers du savoir et de l'information. Corrélativement, le pouvoir politique a commencé à investir les médias dits alternatifs pour reprendre la main sur les convictions les plus couramment partagées, en semant volontairement la confusion sur certains thèmes clé, sans toutefois parvenir tout à fait à ses fins.

Cette soudaine réinvention des vecteurs de la connaissance se présente sous la forme d'une mise en concurrence des sources autant que comme une universalisation du savoir, quoi que les deux phénomènes ne soient pas a priori incompatibles. Il sera ici question d'identifier les diverses idéologies à l'œuvre dans le nouveau concert mondial de l'information et du savoir, et de mesurer l'influence respective des croyances et des faits sur les individus.

La situation actuelle est paradoxale à bien des égards, donc complexe. Commençons par un état des forces en présence:

- d'un côté une oligarchie mondialiste, gérontocratique, nomade, occulte, corrompue, marchande, laïque en apparence, qui use de divers moyens de contrôle sur l'ensemble des secteurs de l'activité humaine. Elle avance pas à pas, notamment au moyen d'institutions officielles telles que l'Union Européenne, mais aussi par l'intermédiaire de groupes de réflexions officieux ou discrets (Bilderberg, Council on Foreign Relations, Commission Trilatérale, Fondation Bertelsman, Skull and Bones, Bohemian Club, etc.). La situation européenne actuelle est l'aboutissement d'un plan d'action concocté au plus tard dans les années 50 par le Club de Rome. Certains aspects de la situation mondiale, tels que la mise sur orbite de la réserve fédérale américaine, remontent à 1913.

- de l'autre, une masse croissante de citoyens qui, de par le monde, prennent conscience de la vraie nature du projet global que leurs dirigeants préparent. Généralement, cette résistance se situe plutôt aux extrêmes de l'échiquier politique. Elle est nationale, parfois nationaliste, s'appuie volontiers sur des valeurs religieuses, et s'avère plutôt politisée et activiste de culture, touchant une frange relativement jeune de la population, mais non exclusivement, car la culture politique conditionne la capacité de comprendre le monde actuel.

- au milieu, une masse encore compacte et homogène de personnes qui n'accordent que peu de crédit à toute opinion ou information qui contredit la doxa, et qui peine à prendre du recul pour analyser le monde dans lequel elle évolue.

La difficulté réside dans le fait que la troisième catégorie,  majoritaire, de la population, ne se reconnaît ni dans un la première, ni dans la seconde, la première parce qu'elle ne la connaît pas, la seconde parce que la première, grâce aux média de masse, lui a façonné une image détestable.

Pour s'en tenir à la France, l'extrême droite et l'extrême gauche y font l'objet d'une forte déconsidération. Si cette situation est en partie justifiée, elle est tragique parce qu'elle a contribué:

- d'une part, à l'évacuation progressive du débat public des vrais sujet politiques de fond (monnaie, identité nationale, immigration, géopolitique, culture, éducation, valeurs, projets collectifs) au profit de la politique spectacle et du sensationnalisme, c'est-à-dire du règne de l'émotion au détriment de la raison et de la connaissance.

- d'autre part, les deux extrêmes de l'échiquier politique sont connus pour leur activisme politique, notion dont nos contemporains se sont tragiquement départis au profit, dans le meilleur des cas, d'un simple militantisme, qui se résume à une adhésion physiquement et intellectuellement passive. Aujourd'hui, le citoyen moyen récite le catéchisme multiculturaliste sans le savoir. Il est un militant qui s'ignore, et qui ostracise en toute bonne conscience les vrais résistants, par une assimilation au fascisme, que même Lionel Jospin condamnait avec force, la qualifiant de théatrale.

Il ne s'agit en rien ici de défendre l'extrême droite et l'extrême gauche françaises, mais seulement de constater que leur marginalisation a correspondu avec la mort du sérieux politique et la dépossession des citoyens de tout impact réel sur la vie de leur pays. Autre coïncidence, cette dépossession intervient au moment ou les traités qui instituent l'Union Européenne dépouillent les homme politiques français des pouvoirs régaliens qui historiquement sont la moelle de l'action publique. Ne restent en réalité que des miettes à nos dirigeants, qui en sont réduits à flatter l'égo des communautés diverses, lesquelles n'ont pas, et c'est peu dire, le souci de la communauté nationale ni d'aucun projet collectif si ce n'est, dans le meilleur de cas, le multiculturalisme, qui en est la négation.

Faute de projet collectif, c'est bien la politique elle même qui disparaît au profit du lobbying, version structurée de la loi du plus fort, faisant la part belle à la corruption institutionnalisée. Pour compenser cet effondrement des valeurs, les politiciens ont choisi d'utiliser les mêmes outils que les publicitaires. La communication, forme élaborée de manipulation, permet ainsi de sauver les apparences, en tous cas vis-à-vis des citoyens dont la culture politique, et souvent la culture tout court, est réduite à la portion congrue. Certes, l'effondrement du système éducatif, totalement désanctuarisé et ideologisé à grand renfort de propagande gauchiste, rend chaque jour plus difficile une prise de conscience collective de la gravité de la situation.

Pour résumer les choses, et cet aspect est au cœur de notre problématique, la situation actuelle n'est pas le résultat des aléas de l'histoire mais bien le produit d'un système, lequel ne néglige aucun aspect de la vie humaine, ce qui lui permet de faire admettre la situation actuelle, aberrante et catastrophique, comme normale par une majorité d'individus. Ainsi raisonne l'élite, à la manière les commerçants: en termes de masse. Il suffit de contrôler une majorité d'esprits pour contrôler tout le monde. Le principe même de la démocratie rend aisée cette manœuvre, puisque le peuple, qui croit choisir ses dirigeants, reste convaincu qu'il maîtrise son destin, alors même que le résultat d'une élection ne change rien à l'affaire.

Quant à ceux qui dénoncent cette situation, le système n'a pas son pareil pour les diaboliser et les tuer symboliquement en les réduisant au rôle de parias. A en croire les médias dominants, en France, tout serait la faute au front national et du communisme. Il n'aura fallu que trente ans pour qu'un candidat, élu à la présidence de la République à une forte majorité, n'accède à la plus haute responsabilité en adoptant les idées défendues depuis 50 ans par l' "extrême" droite. Extrême, elle l'est, certes, sur certains points, mais comme le système à eu beau jeu de jeter le bébé avec l'eau du bain.

La seconde victime du système, c'est le parti communiste, qui d'ailleurs partageait un certain nombre de valeurs avec l'extrême droite. On oublie trop souvent de dire qu'avec de Gaulle, c'est lui qui a fait les frais de l'inversion des valeurs initiée en mai 68. Cela est plus difficile à théoriser. Il faut pour cela une solide culture politique, notamment une analyse des technique de propagande trotskiste, pour le musurer pleinement. Autre aspect, de détail pour nos contemporains, ces deux partis sont les seuls qui défendent le peuple. Les accuser de populisme suffit il à les disqualifier, où à crédibiliser les auteurs de telles insultes?

Ce système est aujourd'hui en danger. Ce dont il est question ici, ce sont les forces qui prétendent s'y opposer. Quelles sont elles? Comment agissent elles? D'où parlent elles? Quels sont leurs présupposés et leurs objectifs? Sont elles organisées? Partagent-elles certaines valeurs? Quelle est leur degré d'homogénéité et d'organisation? Sont elles amenées à collaborer ou à s'affronter?

La situation est complexe et confuse, et le mondialisme se nourrit de cette confusion, en divisant pour mieux régner. Fondamentalement, le projet mondialiste étant un projet d'abord économique, il est vital pour ses promoteurs de détruire tout ce qui échappe au monde marchand. Or, les deux forces qui tirent l'individu au delà de la trivialité du matérialisme sont la culture et la spiritualité, sans d'ailleurs qu'il soit possible d'établir une frontière nette entre elles deux. Les forces en présence dans le camp des anti mondialistes sont donc essentiellement porteuses de culture et de spiritualité, sous une forme essentiellement, mais pas uniquement, religieuse.

Là où la situation se complique, notamment en France, pays fortement laïcisé, quoi que nombre de ces valeurs soient le produit de son histoire chrétienne, c'est que la frange religieuse de la résistance au mondialisme est plutôt hostile tant à l'absence totale de religiosité qu'à la spiritualité sans religion, cette dernière étant perçue comme une conquête de la franc-maçonnerie. Or, faut-il le préciser, la franc maçonnerie joue un rôle prépondérant dans la structuration du projet mondialiste, même si sa structuration à l'échelon transnational n'est pas uniquement et même secondairement une réalisation maçonnique.

Tout l'enjeu de la lutte contre le mondialisme réside donc dans la capacité de ses tenants à regrouper les mouvements religieux comme les individus qui considèrent la laïcité comme un acquis fondamental. Il est absolument possible d'opérer cette jonction à trois conditions:

- reconnaître que le projet universaliste maçonnique, qui n'est d'ailleurs laïc qu'en apparence, n'est pas pervers en soi, mais que c'est son détournement qu'il y a lieu de redouter.

- reconnaître que la religion, si elle est un des dernier véhicules de la spiritualité dans le monde moderne, n'est pas indispensable à la spiritualité.

- reconnaître que dans une mesure non négligeable, la religion est antinomique de la spiritualité, et que l'existence même de multiples religions a essentiellement servi à empêcher la jonction entre science et spiritualité, ce dont il est résulté que l'une et l'autre ont été galvaudées dans leur essence même. Or, la jonction entre science et spiritualité est au coeur du projet maçonnique.

Il convient à ce stade de dissiper un malentendu: il ne s'agit pas ici de réhabiliter la franc-maçonnerie, dont le niveau de corruption et l'implication dans l'édification d'un nouvel ordre mondial d'essence totalitaire est immense et incontestable, mais de conserver un détachement à la fois vis-à-vis des religions et de la franc-maçonnerie pour produire une analyse aussi exacte possible des données du problème posé par le projet de nouvel ordre mondial tel qu'il se déploie aujourd'hui.

En soi, un gouvernement mondial n'est pas tyrannique. Il l'est s'il aboutit à nier les nations, la culture, les diverses religions, et cantonner les hommes à un rôle de consommateur. Malheureusement, ainsi que Pierre Hillard l'a magistralement montré, dans l'ouvrage La marche irrésistible du nouvel ordre mondial, telle est exactement la démarche suivie par l'oligarchie mondialiste.

Résumons-nous. A moins de confondre spiritualité et religion, le simple bon sens nous enseigne que la spiritualité peut exister sans religion. Plusieurs religions  enseignent elles-mêmes que la foi est une affaire intime et non politique, qui a à voir avec l'essence ultime de l'homme et la nature même de la réalité. Toutefois, historiquement, les religions ont été un vecteur privilégié de la spiritualité, quoi que bien des aspects de l'action publique des institutions religieuses ait contredit magistralement toute idée de spiritualité ou de sagesse.

Aujourd'hui, les promoteurs du mondialisme en ont après les religions et les cultures nationales, car leur moyen d'action privilégié consiste à détourner les hommes de tout ce qui n'est pas marchand. Rien d'étonnant par conséquent à ce que la résistance au mondialisme marchand, dans une large proportion, s'articule autour de valeurs religieuses et nationales. Cette mouvance voit donc d'un oeil inquiet les considérations visant à remettre en cause certains aspects de la religion où des valeurs nationales, et cela d'autant plus que la franc-maçonnerie a joué un rôle prépondérant dans l'éradication du sentiment national et du fait religieux. Pour autant, il ne faudrait pas que cette posture rende irréconciliables des factions conscientes des outrances totalitaires du projet mondialiste. Le meilleur que l'on puisse trouver actuellement du dépassement de cette contradiction se trouve dans l'association d'Alain Soral et de Dieudonné, le premier se définissant comme un alter nationaliste, et le second militant pour l'abolition des frontières et des nations, qu'il juge propres à diviser artificiellement les hommes.

La résorption de cette contradiction est pourtant fort simple. Il suffit pour la dépasser d'identifier ce qui, à l'intérieur de la nation et de la tradition religieuse, fait obstacle à l'avènement d'un nouvel ordre mondial. Très simplement, la nation et la religion véhiculent des valeurs et principes qui sont en opposition avec l'individualisme et le consumérisme, et qui mettent l'accent sur les valeurs propres à fonder un projet collectif durable et qui établissent que la vie de l'individu ne se résume pas à l'acte d'achat et au divertissement (spiritualité). Ces valeurs sont donc à la fois collectives et individuelles et se nourrissent les unes les autres, un individu ayant une spiritualité ayant une forte propension à servir la collectivité ou au moins de ne pas lui nuire.

Dès lors que jusqu'à preuve du contraire la religion n'épuise pas, loin s'en faut, la spiritualité, il n'y a absolument pas d'obstacle à ce que des forces d'opposition religieuse ou laïque s'unissent contre le nouvel ordre mondial. Souvent même, une personne éduquée mais athée possède des valeurs qui sont issues du catholicisme ou de tout autre mouvement religieux dont elle refuse simplement de suivre les dogmes, c'est à dire le formalisme.

S'agissant de la nation, la question de savoir si l'opposition au nouvel ordre mondial doit être nationale, la réponse est encore plus simple. Directement ou implicitement, les promoteurs du mondialisme opposent l'adoption de principes universels au repli national, facilement qualifié de nationaliste, ce qui constitue un glissement à la fois stupide et d'injurieux, puisqu'il sous-entend que la défense de la nation se résume à un repli identitaire frileux, passéiste et xénophobe. Or, il suffit de lire les programmes politiques des partis souverainiste et nationalistes pour s'apercevoir que ceux ci considèrent la nation en général, et non la leur exclusivement, comme un souverain bien. La nation est perçue comme une richesse en soi, et repose sur l'idée de bon sens que pour aimer l'autre, encore faut-il qu'il ne se confonde pas avec soi-même. Ainsi, la richesse, la pluralité et l'ouverture à l'autre ne peuvent-elles exister que si autre il y a, c'est à dire si les culture portées par les nations ne se confondent pas.

Nous nous trouvons là au coeur de la problématique de la lutte contre le nouvel ordre mondial, car cette petite incise sur la nation nous permet d'envisager très précisément la forme prise par le projet mondialiste jusqu'aujourd'hui: une promotion paradoxale des communautés, de la diversité, multiculturalisme (au sein d'une même nation), et dans le même temps une apologie du métissage et de la créolité.

Ces notions, apparemment voisines, s'opposent pourtant frontalement, et leur promotion masque une arrière pensée:
- soit on promeut la diversité des cultures, auquel cas le métissage est, en quelque sorte, contre indiqué, sous peine de faire disparaître à très court terme la spécificité de chacune d'entre elles. Dans ce cas, on ne voit pas pourquoi cette diversité serait promue au sein d'une même nation, sauf à souhaiter la voir disparaître.
- soit on promeut le métissage, auquel cas il est impossible de déclarer que les culture particulières peuvent continuer d'exister de manière autonome, puisque le métissage n'est rien d'autre qu'une standardisation par laquelle on crée une nouvelle culture composée d'éléments empruntés à plusieurs autres qui vont la composer, ce qui implique mécaniquement un renoncement à ce qui, dans chaque culture particulière, ne participe pas de la nouvelle créolité. Dans ce cas comme dans le précédent, la disparition de la culture du territoire ou doit se déployer cette créolité est implicitement mais nécessairement programmée, mais cela n'est jamais expliqué ni même mentionné.

Cette confusion dont les gouvernements de gauche comme de droite sont friands depuis 40 ans n'est pas accidentelle. Elle prépare l'acceptation comme naturelle de la disparition des identitités nationales au profit d'un pseudo multiculturalisme, qui ne peut d'ailleurs avoir de réalité qu'économique et non sociale. La réalité montre en effet que:

- les peuples sont attachés à leur identité nationale et ne se laissent pas fondre dans un moule où celle-ci n'aurait pas sa place pleine et entière.
- la coexistence de cultures diverses sur un même territoire historiquement dominé par l'une d'entre elles se résout soit par la résorption de la culture minoritaire (assimilation) soit par la communautarisation c'est à dire, à terme, l'affrontement des composantes culturelles présentes sur le territoire considéré.

Il est significatif qu'à l'heure actuelle, les gouvernements favorisent grandement la constitution et l'affirmation de communauté hétérogènes sur des territoires autrefois culturellement homogènes, produisant les conséquences que l'on sait, avec l'adhésion de tous, grâce à la vitrine progressiste des droits de l'homme, du respect, du multiculturalisme et du métissage. ainsi se réalise la destruction des composantes même de la civilisation avec la bénédiction des victimes du saccage! Ce phénomène par lequel le bon sens déserte l'esprit des peuples n'est le signe d'une décadence que du point de vue des élites, lesquelles ont soigneusement et patiamment usé d'entourloupes idéologiques et de manipulations pour produire ce résultat, qui met en orbite le projet mondialiste, qui sous les oripeaux de l'écologie et la santé publique, prépare une structure au sein de laquelle plus aucune souveraineté nationale n'est possible, ni même souhaitée.

Le ressort est simple: rendre incontestable l'universalisme du projet à travers des thèmes porteurs pour rendre désuet toute référence aux valeurs nationales et à la souveraineté des peuples, avec pour résultat l'auto diabolisation de toute opposition, perçue comme ringarde, réactionnaire et haineuse.